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- 4711 -
Bizarre !
Que signifie ce chiffre ?
Est-ce une somme ?
Un code ?
Que sais-je d'autre ?
Une seconde !
Sans plus attendre, je vais vous dire de quoi il s'agit.
A priori, vous n'êtes pas obligé de savoir que c'est une marque
d'eau de Cologne très réputée en Allemagne, et il y a fort longtemps,
depuis 1792.
Vous n'êtes pas obligé de savoir, non plus, pourquoi je viens vous
entretenir de cette marque, alors que je n'ai nullement l'intention
d'en faire une publicité.
Et pourtant " 4711 " c'est une histoire dans l'histoire.
Je vais vous la raconter.
Il était une fois... quelque part en France... disons la région
parisienne...
C'était l'occupation - vous savez - les armées allemandes dans notre
pays - pour 1000 ans!
Quel programme.
Seulement voilà, il y avait des français qui n'étaient pas contents...
pas contents du tout, qui s'organisèrent pour foutre les schleus
dehors ? oust
On les a appelé des " résistants "
Or ce n'était pas une vocation d'aller risquer sa peau mais quand
même, une sorte de devoir patriotique.
Vous savez, des hommes, des femmes, attachés à leur terre, à leur
liberté, qui y tiennent.
Bref - Montrer que nous restions français.
Bien sûr, il y avait des gens qui ne disaient rien, d'autres qui
s'accouplaient dans le déshonneur - jusqu'à participer à la curée
organisée contre les communistes, les juifs, les tsiganes, les gaullistes,
les francs-maçons, les socialistes, les républicains, et encore
les autres - presque tous les autres - y compris les homosexuels.
En fait, il ne restait que les kollaborateurs - la police - la milice
- et le gouvernement, pour la circonstance, aux ordres des Allemands,
plus le zèle, plus la haine.
Donc, durant ce temps, la France s'appelait " Etat français ".
Vous devinez dans quel état !
Et pendant ce temps, qui furent des affrontements, un nommé " Loulou
" (pour ses camarades) se retrouva,un jour en prison.
De prison, dans un camp, là où l'on regroupait les rebelles ?
Il me semble que ce camp s'appelait Compiègne - oui !
C'est bien celui-là - Où la gestapo, et leurs " alcooliques " dirigeaient
ceux qui devaient disparaître.
D'abord des listes, puis de la Terre.
Enfin ! c'est à peu près çà .... disparaître sans laisser de trace.
Ces camps devaient s'appeler plus tard " camps d'extermination "
ou " camps de la mort ", nuance très subtile en vérité, pour accorder
ou non un délai de vie ou de survie.
Pas seulement à l'encontre des français...
Mais pour toutes celles et ceux qui étaient jugés " invivables "
- les enfants - les vieillards ? Ceux qui ne pensaient pas comme
eux, etc ... etc... beaucoup de monde en somme, pratiquement tout
le monde.
Sauf les aryens, ceux qui avaient les cheveux blonds et les yeux
bleus.
Tant pis pour les autres.
Loulou n'avait pas les yeux bleus. Loulou n'avait pas les cheveux
blonds.
Mais Loulou aimait son pays.
Sa commune ...
Il était né le 2 juin 1921 à Aulnay-sous-Bois...
Et Loulou n'aimait pas les boches ?
Un beau jour ! ...
Plutôt un triste jour....
Loulou se retrouva à Compiègne.
Puis entassé à cent dans un wagon à bestiaux.
Direction néant.
Loulou malgré son jeune âge (23 ans) n'avait plus de mains.
Plus exactement il restait deux moignons ratatinés (une machine
à l'usine avait eu raison de celles-ci).
Ce qui ne l'empêchait pas d'écrire - de bricoler - de rendre la
monnaie - sans doute de caresser... même de saboter les engins ennemis.
Mais l'ennui, c'était qu'aux yeux des SS, des chefs de camp et compagnie,
il était purement et simplement HANDICAPE.
Dans ce cas, irrécupérable pour la " main " d'oeuvre des bâtisseurs
de la grande Allemagne.
Allez dire çà à ces messieurs, que Loulou pouvait encore servir
- oui ! mais comment ?
Selon l'usage des camps, ne pouvaient y entrer que ceux susceptibles
de travailler.
Autrement dit ceux d'apparence valide, ceux qui ne présentaient
de visu " aucun défaut "
Autrement dit, Loulou, en vertu de ces principes était condamné....un
de plus, un de moins, ce n'est pas cela qui pouvait arrêter la bonne
marche du camp.
D'ailleurs ce camp s'appelait NEUENGAMME, près de Hambourg.
En attendant de le faire disparaître, Loulou avait été Immatriculé
30918, triangle rouge.
Jusque là, aucun " voyant " SS n'avait songé à lui faire les lignes
de la main...
Loulou s'était confondu parmi les 2200 Français du premier grand
convoi vers ce camp, sans que personne jusque là, ne le remarque.
Mais les nouvelles vont vite dans une ville fermée - électrifiée
- un microcosme de 28 nationalités, où personne n'a le droit d'être
un humain, une ville où sont parqués des gens de toutes conditions
... de toutes opinions, de toutes croyances...
Bien sur, avant d'être changé en matricule, une ville fermée cependant
avec quelques règles anciennes, comme par exemple, la lutte clandestine
toujours à l'affût, pour déjouer le rituel nazi, faire en sorte
de freiner la destruction programmée des déportés, faire en sorte
d'aider les plus exposés, les plus vulnérables - Dans ce jargon
des temps anciens cela s'appelait la SOLIDARITE.
Vous avez devinez ! oui. bien sur.
La direction politique et militaire clandestine de ce camp, filtrait
les arrivants... ceux précisément affichés comme Loulou.
André MANDRYCKS était un jeune avocat belge, détenu politique dans
ce camp depuis des années.
Il était le responsable de " l'arbeitstatistik "
C'est à dire, celui qui répartissait les détenus à travers les 58
kommandos de Neuengamme.
C'est à dire dans les 58 sous-camp de travail, situés de la frontière
danoise le plus au nord, jusqu'à la frontière hollandaise le plus
au sud, NEUENGAMME, le plus grand camp de l'Allemagne du nord, autonome
depuis 1938/1940, avait sa réputation, non usurpée, de camp de concentration
et de la mort.
Retenez le nom de son chef - grand manitou, officier SS, Max Pauly,
ancien épicier - devenu assassin professionnel ?
Donc, André, eu vent du problème lié à la condition de Loulou.
Ne pas pouvoir se servir de ses mains, se résumait à peu près, à
une condamnation à mort.
Comment faire pour éviter une telle décision ?
Sans tenter quelque chose ?
En France, nous n'avions pas de pétrole, mais des idées - Il en
fallait beaucoup pour sauver Loulou.
André y arriva.
Et nous aussi.
Voici comment : Pour soustraire Loulou au contrôle tenace des SS
et des Meisters, chargés d'appliquer les ordres, le travail, pratiquement
toute l'organisation du camp ? un seul poste, un seul moyen était
possible.
Le kommando de la merde...
Vous ne voyez toujours pas le rapport avec l'eau de cologne 4711
?
Et bien oui !
Loulou n'avait pas besoin de ses mains pour tirer la citerne de...
Il avait des bretelles aux épaules, même que ses co-équipiers l'aidaient
quand cela était nécessaire.
Le ramassage des latrines des quelques milliers de déportés, et
en plus celles de la caserne SS du camp, s'accomplissait dans un
rituel, où personne n'approchait.
Surtout par les SS.
Surtout pas les kapos.
Le grand inconvénient pour Loulou et ses co-équipiers, était l'odeur,
acquise par accoutumance.
Autrement dit, ils puaient tellement que personne n'osait approcher
d'eux.
Et c'est ainsi, par dérision, que la citerne de merde fut baptisée
" 4711 ".
Ce n'est pas par dérision que Loulou se retrouva en odeur de sainteté,
sauvé d'une mort annoncée.
Loulou, de son vrai nom Louis CHABANOIS, s'applique tous les matins
une friction d'eau de cologne 4711 Et quand il lui arrive de marcher
sur une.... de trottoir, il sait que sa vie est à la base de cette
odeur.
Une " vie d'ange " en quelque sorte.
André MIGDAL
ex 30655 dit Mickey
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